Pont du Gard et Patrimoine
Fin de la gratuité d’accès piétons et cyclistes

Tarifs du pont du Gard : comment en est-on arrivé là ?

Grand site, oui mais à quel prix !
lundi 6 mai 2013 par PdGP

Avertissement : contrairement aux décisions des collectivités territoriales (communes, départements et régions) dont les débats sont publics, les décisions de l’EPCC ne sont pas directement accessibles au public. Nous n’en savons que ce que le président et le directeur général veulent bien en dire. En application de la loi sur l’accès aux documents administratifs, nous avons donc demandé au préfet du Gard, de nous permettre de consulter la convention liant l’EPCC à l’Etat et au département et l’ensemble des procès verbaux des conseils d’administration.

Il y a 15 ans, l’accès au pont du Gard était libre et gratuit pour tous. Chacun pouvait venir l’admirer sans bourse délier, se promener sous ses arches ou le traverser au niveau du 3ème étage, dans la conduite ou, plus aventureusement, sur les dalles. A la belle saison, des centaines de personnes venaient se baigner chaque jour, sans forcément réaliser qu’elles le faisaient devant un des ouvrages les plus prestigieux de l’antiquité. Pour ceux que rebutaient des marches parfois longues pour accéder au pont, il y avait deux parkings payants, l’un rive gauche, appartenant au propriétaire de l’auberge du Vieux Moulin, l’autre rive droite, géré directement par la commune de Remoulins.

Tout cela était un peu improvisé, pas tiré au cordeau, sentait un peu la frite et le chichi et ne rapportait pas beaucoup d’argent : de quoi exciter l’imagination des aménageurs. Plus sérieusement, le pont était exposé à des dégradations, du fait de la circulation sur le pont Pitot et du passage des piétons sur le troisième étage.

Porté par M. Gilbert Baumet, alors président du conseil général du Gard, un premier projet d’aménagement, trop ambitieux et peu respectueux du « génie des lieux », fut écarté. Le projet plus réaliste, adopté en 1998 à l’unanimité par le conseil général du Gard, alors présidé par M. Alain Journet, a donné jour au site tel que nous le connaissons. Un élément-clé du consensus autour de ce projet était le respect de l’accès libre et gratuit des piétons et des cyclistes au pont du Gard et au domaine qui l’entoure. Les recettes du site devaient être assurées par les droits d’accès aux deux parkings et les entrées aux nouveaux espaces créés –musée et ludothèque en particulier-, ainsi que par les loyers des locaux commerciaux. Accès gratuit, tarif raisonnable des prestations facultatives : le marché était acceptable même par les adversaires les plus résolus du premier projet.

Le projet a été adopté sur la base d’un coût prévisionnel de 160 millions de francs. La réalisation en coûta environ 300 millions. Ce dépassement des devis et une fréquentation des espaces payants bien moindre que prévue mirent immédiatement en difficulté le premier gestionnaire, privé, la chambre de commerce du Gard qui dut rapidement jeter l’éponge pour éviter la faillite.

La gestion du site fut alors confiée à un établissement public de coopération culturelle (EPCC), associant l’Etat et les collectivités locales. Les recettes des espaces payants restant constamment très inférieures aux dépenses, l’équilibre du site fut assurée par une subvention du conseil général : le site vécut ainsi grâce aux subsides du département, donc aux impôts payés par les Gardois.

En 2009, le système de tarification du site fut revu de fond en comble selon un principe de forfaitisation : l’accès au musée et à ludothèque devinrent gratuits. Ces espaces, auparavant vides de visiteurs, car payants, s’animèrent un peu et le musée fut enfin visité autant que le justifie son grand intérêt pédagogique. L’entrée des parkings fut triplée, passant de 5 à 15 euros, bien au-delà de la compensation de la forfaitisation : il s’agissait d’augmenter la couverture des dépenses par les recettes d’exploitation et de réduire les subventions du conseil général.

Cette décision du conseil d’administration changea radicalement la nature du site : d’un domaine, certes dominé par le pont du Gard, à l’immense valeur artistique et culturelle, mais qui restait un espace de loisirs et de balade populaire et familial, accessible à tous ou presque, on fit un ensemble culturel élitiste, adapté à la clientèle des grands sites et des musées. Ce déséquilibre fut encore aggravé par le passage du tarif de 15 à 18 euros.

La création d’une carte annuelle d’abonnement coûtant 23 euros corrigea partiellement ce déséquilibre et les vrais « fanas » du pont du Gard s’empressèrent d’en profiter, ainsi que certaines familles locales.

Selon ce qu’affirme l’EPCC, la décision de 2009 prévoyait aussi la fixation d’un tarif d’accès piétons et cyclistes, en violation des engagements qu’avait pris le conseil général du Gard lors du lancement du site. Ce tarif resta secret (aucun affichage aux entrées, aucune information dans la communication du site, quel qu’en soit le support, jusqu’au 16 avril, date à laquelle nous avons dénoncé ce manque de communication) et fut, semble-t-il, appliqué « à la tête du client ».

L’EPCC s’efforce à présent, malgré le tollé soulevé par la tarification des accès piétons et cyclistes, de faire appliquer les tarifs "piétons et cyclistes". Il a, pour cela, consenti à étendre à toutes les communes du Gard la possibilité de délivrer des cartes gratuites d’accès au site, dans le cadre de conventions ne comportant qu’un minimum d’engagements de leur part.

Si la distribution de cartes gratuites a de quoi satisfaire les Gardois, qui se trouvent ainsi dédommagés de leur effort fiscal, puisque qu’ils supportent l’essentiel de la charge des subventions (un coup comme contribuables gardois, un coup comme contribuables du Languedoc Roussillon), elle ne résout pas tous les problèmes provoqués par la fin du libre accès piétons et cyclistes. Nous en voyons deux principaux :
Les personnes de condition modestes non gardoises sont désormais « interdites de pont du Gard » ; elles avaient auparavant le recours de garer leur véhicule loin du site et de marcher.
Le passage naturel de la Voie Verte par le site est compromis. L’EPCC, présidé par un membre éminent du conseil général, flanqué de plusieurs de ses collègues, va ainsi très directement à l’encontre d’un grand projet d’animation touristique du Gard, faisant l’objet d’importants engagements de dépenses du département.

La sagesse, au point où nous en sommes, est de « remettre à plat » la tarification des accès, bien entendu sans revenir sur le principe de gratuité pour les Gardois. Pour cela, il faut que le conseil général se saisisse à nouveau du dossier.

Signez notre pétition pour l’accès libre et gratuit des piétons et des cyclistes (cliquez sur ce lien). Si vous l’avez déjà signée, faites la connaître à vos amis !


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