Pont du Gard et Patrimoine

Une vocation tardive : le passage des hommes et des marchandises

Les échancrures du pont du Gard
jeudi 26 mars 2009 par Jean-Yves Gréhal

Pour aller d’Uzès ou Pont Saint Esprit à Nîmes, on n’aurait disposé jusqu’au milieu du 18eme siècle pour franchir le Gardon que des gués et du pont Saint Nicolas, datant du 13eme siècle, si le pont du Gard n’avait été aménagé pour permettre le passage des attelages, comme l’atteste une gravure du 16ème siècle.
Pont du Gard 16e siècle
Le changement de destination du pont du Gard a nécessité des modifications successives, certainement périlleuses pour l’ouvrage, mais qui ont peut être contribué à sa survie. Le pont du Gard n’a pas été démantelé comme d’autres ouvrages de l’aqueduc, sans doute parce que cela était difficile et périlleux au dessus du lit du Gardon, mais aussi parce que le pont gardait une utilité évidente à une époque où la nécessité de sauvegarder le patrimoine n’était pas encore ressentie.

Claude Larnac distingue plusieurs « temps » caractérisés par des aménagements successifs du pont, de plus en plus élaborés :

Avant le XIVeme siècle (date supposée, déduite de quelques documents) : les dalles recouvrant la canalisation, au troisième niveau du pont du Gard, offraient un passage assez aisé aux piétons. Les mulets bâtés et les chariots empruntaient les gués dans la rivière en période de basses eaux. Le monument était respecté dans son intégralité après, toutefois, le démontage de la partie du pont établie sur la terre ferme représentant plus de 200 mètres de longueur. Les matériaux la composant avaient déjà été récupérés, comme ceux des autres ouvrages en superstructures de l’aqueduc.

Du milieu du XIVeme siècle à la fin du XVIIeme siècle : une échancrure était ménagée dans l’épaisseur des piliers du deuxième niveau, côté amont. La silhouette de l’échancrure était une courbe partant de la façade, juste en dessous des boutisses, s’élargissant jusqu’à 1,7 mètres au niveau du tablier du deuxième niveau. L’échancrure de chaque pile n’aurait pas été assez haute pour permettre le passage d’un homme et d’une bête de somme dans de bonnes conditions. Aussi les assises avaient-elles également été entamées vers le bas. Les voyageurs disposaient d’une bande de 2,4 mètres de largeur environ pour contourner les piles, compte tenu de la différence de largeur entre les premier et deuxième niveaux. Il était donc possible à un voyageur tenant son mulet bâté par la bride de franchir à pieds secs la vallée du Gardon en toutes saisons.

L’échancrure occupait 37% de la profondeur de chaque pile. On devine les méfaits potentiels sur l’équilibre et la solidité de l’ouvrage !

Après 1696 : à la suite d’une enquête menée par Colbert, on s’inquiéta du risque que les échancrures faisaient courir au pont et peut être aussi de l’incommodité du passage. On rempièta sommairement les piles du deuxième niveau et l’on colmata en partie l’échancrure. L’espace disponible réduit ne permettant plus le passage des mulets bâtés et des chariots, on le retrouva en construisant des plateformes en encorbellements dotées d’un garde-corps. Pour édifier ces encorbellements, on démonta les chaperons (pyramides terminales sur les avant-becs) pour installer les échafaudages sur une surface plane.
Pont du Gard 17e siècle
Au milieu du XVIIIeme siècle : les Etats du Languedoc confièrent à l’ingénieur Pitot la construction du pont routier (1743-1747). On acheva de colmater tant bien que mal les échancrures sans démonter les encorbellements devenus inutiles ; on se contenta d’en empêcher l’accès en amoncelant des matériaux entre la pile et le garde-corps. Cette situation provisoire dura plus d’un siècle ! La chaussée du nouveau pont, large de 4,5 mètres, était limitée par un parapet côté Gardon et par des bornes du côté de l’ouvrage romain. Pitot protégea chacune des cinq piles du pont routier par les arrière-becs surmontés de chaperons.

De 1855 à 1859 : l’ingénieur Laisné poursuivit et compléta les travaux indispensables à la survie du pont. Il supprima les échancrures et fit démonter les encorbellements. Un caniveau fut aménagé entre le pont romain et le pont routier (le pont Pitot est accolé au pont romain, mais ne lui est pas lié). Il négligea malheureusement de reconstituer les chaperons au-dessus des avant-becs du pont romain qui ont fait défaut lors des crues exceptionnelles de 1857, 1890, 1900, 1907, 1958 et 2002.
(D’après Claude Larnac)
Pont Pitot


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