Pont du Gard et Patrimoine

Les lavoirs de Vers

dimanche 22 février 2009 par Gérard Extier

Dans un des poèmes provençaux que Louis Malbos a consacrés à Vers, il mentionne 33 sources, souvent difficilement repérables aujourd’hui.
Au cours des siècles, en fonction de leurs besoins, les habitants ont transformé certaines sources en fontaines ou lavoirs. Bien aménagés, ils font partie du patrimoine du village.

Place des platanes
Bien avant les temps historiques, les hommes ont été préoccupés par la recherche de l’eau potable, elle a déterminé leur installation.
C’est ainsi que naquit le noyau médiéval du village de Vers (aujourd’hui Vers-pont-du-Gard), sur la plaque rocheuse au pied de laquelle l’eau jaillissait continuellement et en abondance. Déjà des habitats sous roche, datant du néolithique, attestent d’une importante présence au voisinage des diverses sources du village.

Dans le village même, trois sources principales ont été aménagées en lavoir.
Deux de ces lavoirs ressemblent à de petits temples antiques, avec leurs colonnes de pierre et leur toiture de tuiles romaines. Un autre, avec sa façade à trois arches, s’inspire manifestement du pont du Gard. L’architecture locale ne renie en rien ses origines romaines.

La partie strictement utilitaire de ces lavoirs, tous trois construits au XIXème siècle, est constituée de deux bassins communicants. Le premier, à l’arrivée de l’eau de source, servait au rinçage, le second au lavage.
Les lavandières y lavaient le linge debout, protégées par une planche verticale appuyée à la margelle du bassin. Leur tâche était moins difficile qu’au bord des cours d’eau, où elles devaient travailler à genoux. Dure tâche que celle des bugadières (lavandières), qui n’empêchaient pas, dit-on, les langues de travailler ferme !
Le côté nord-est de ces lavoirs est protégé par un mur coupe-vent, mistral oblige !

Les eaux des sources alimentant ces lavoirs servaient également à l’arrosage des jardins voisins. Collectées, elles étaient acheminées vers le Gardon, au moulin situé prés de la chapelle Saint-Pierre (entre la RN581 et le Gardon, aujourd’hui au lieu dit le Moulinet).
Cette très belle chapelle du XIème siècle (malheureusement en ruine) a été édifiée sur l’emplacement d’un site gallo-romain. La découverte, lors de fouilles, d’un fragment de sarcophage en marbre blanc du IVème siècle et d’ossements laisse supposer l’existence d’une nécropole de l’ère chrétienne tandis que d’autres documents témoignent de la présence antérieure d’une villa gallo-romaine à cet emplacement.



Au centre du village, la grande fontaine (la grand Font) et son lavoir.

Sous la plaque rocheuse sur laquelle a été construit le mur d’enceinte du village médiéval, une source abondante alimente l’ancienne fontaine où l’on s’approvisionnait en eau potable et abreuvait les chevaux et le grand lavoir circulaire situé au milieu de la place actuellement plantée de platanes (l’endroit est charmant et mérite une pause). Lavoir de la grand font A cet endroit, se trouvait l’ancien cimetière. Devenu trop petit et insalubre, il a été déplacé en 1830 plus loin des habitations. En 1847, un premier lavoir, non couvert, a été édifié sur son emplacement.
En raison de sa situation au cœur du village, ce lavoir était le plus fréquenté. Le jugeant trop petit la commune décidait en 1881 de l’agrandir et le couvrir.
Sur l’arc de la porte, on peut lire, près des inscriptions républicaines : « défense de laver aucune herbe ». Les herbes désignaient communément les légumes en général. On retrouve cette appellation aujourd’hui encore dans le nom de diverses places aux herbes de nos villes et villages.

A l’ouest du village, la fontaine d’Isière et son lavoir

La fontaine doit sans doute son nom à un bois de chênes verts (Yeuse ou Eusièro) qui faisait autrefois partie du parc du château du comte de Montravel. Le lavoir a été créé en 1877.
Lavoir d'Isière
Sur l’entrée du lavoir, on pouvait lire le chiffre 445. Cette inscription commémorait la réunion de 445 royalistes chez ledit comte.

A l’entrée Est du village, la fontaine de Misseran et son lavoir.

Lavoir Misseran

Le nom donné à cette partie du village viendrait de la présence de loirs (missero, en dialecte). , ces petits rongeurs dont le sommeil hivernal désigne de façon imagée le repos des gros dormeurs.
A l’époque romaine, cette source était considérée comme sacrée et l’on y venait même de Nîmes.
Son eau est si pure et légère qu’aujourd’hui encore on s’y approvisionne.





Elle avait pourtant la réputation de rendre simplet : " a begu a la Font de Misseran, l’aigo que fai veni simple !" (Il a bu à la fontaine de Misseran, l’eau qui fait devenir simplet) disait-on.
La même année que le lavoir de la Font d’Isière, les carriers de Vers édifièrent là un très beau lavoir dont la façade Sud s’orne de trois grandes arches de pierre. La délibération du conseil municipal décidant de sa création fait état de l’exposition aux intempéries des femmes allant laver pour justifier l’utilité d’une telle construction.
A proximité du lavoir, subsiste la plate-forme supérieure (là où tournait l’âne ou le mulet pour actionner le mécanisme de la roue à godets) d’une belle noria (lou pous a raco / littéralement, le puits qui vomit) au ras de la plaque rocheuse surplombant le champ . Le gel de 1956 a fait s’effondrer l’arc de pierre qui reliait le rocher au puits.


Fontaine des grenouilles
Un peu plus loin, en contrebas de la route, l’antique fontaine des grenouilles alimentait plusieurs villas gallo-romaines dont a retrouvé des vestiges tout autour.

Outre ces fontaines publiques, chaque maison ou chaque mas avait son puits.
Au ras du sol ou surélevés, avec margelle et potence ou bâtis clos d’une porte laissant juste le passage du seau pour tirer l’eau, construits en forme de capitelle en pierres sèches ou jointées, ou édifiés en pierre de taille et surmontés d’un toit, ronds ou encastrés dans un mur, ces puits tous différents avaient en commun une architecture soignée. Ils étaient généralement flanqués d’un abreuvoir pour les animaux.


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