Pont du Gard et Patrimoine

Concrétions

jeudi 18 décembre 2008 par PdGP

Dans la conduite elle-même, à partir de Bornègre, et le long des vestiges aériens de l’aqueduc, des dépôts très durs étonnent le promeneur. Ce sont des formations de calcaire, témoignant du fonctionnement de l’aqueduc, puis de son utilisation dégradée, enfin de son abandon.

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Piqure pont Roupt

A propos des concrétions

Les Romains avaient choisi avec soin l’eau de Nîmes mais ils avaient eu recours à une eau très calcaire. La source d’Eure s’ouvre en effet au pied d’un vaste massif calcaire de type karstique dont elle est le principal exutoire.

Le carbonate de calcium neutre CaCO3, composant les roches, est insoluble dans l’eau. Mais, à une pression supérieure à la pression atmosphérique normale, dans les cavités souterraines, l’eau qui s’est chargée de gaz carbonique en traversant les sols superficiels, riches en matières organiques, va se combiner avec le gaz carbonique pour former de l’acide carbonique. L’acide carbonique ainsi formé se combine au carbonate de calcium neutre pour former le bicarbonate acide de calcium soluble dans l’eau Ca (CO3H)2. L’eau est alors limpide.

Formation du bicarbonate acide dissous :
CO2 +H2O+CaCO3=>Ca (CO3H)2

A la pression atmosphérique normale, la réaction inverse se produit : le bicarbonate acide de calcium se transforme en eau, en gaz carbonique et en carbonate neutre de calcium qui va se déposer lentement et former les concrétions :

Transformation de bicarbonate acide en carbonate neutre :
Ca (CO3H)2=>CO2+H2O+CaCO3

En fonction de divers éléments d’environnement, on estime généralement à 1 h 40 le temps nécessaire pour que cette réaction chimique se produise et que les dépôts deviennent possibles, ce qui les fait apparaître à partir du cinq ou sixième kilomètre, c’est-à-dire aux environs de Bornègre. C’est précisément ce que l’on observe en inspectant la conduite.

Actuellement une partie des concrétions a disparu. Elles ont été récupérées par les habitants de la région et par les moines bâtisseurs pour la construction. Très solides, homogènes et parfaitement planes sur une face, elles constituaient un matériau de choix pour les maçons.

Intérêt des concrétions

Les concrétions apportent une partie des renseignements dont nous prive l’absence de documents. Elles sont révélatrices de la vie de l’aqueduc.

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Concrétion. Canal sur le pont
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Concrétion sortie pont du gard

Les concrétions internes mettent en évidence le comportement de l’aqueduc à travers les âges. La superposition des couches, leur hauteur, leur forme, leur couleur, leur état de propreté, sont autant d’indices que les archéologues exploitent. On distingue des concrétions laminaires, correspondant à l’utilisation normale de l’aqueduc. L’eau qui y coulait était propre, protégée par les dispositions habituellement édictées par les Romains autour de leurs aqueducs, en particulier l’interdiction des plantations. Les concrétions terrigènes correspondent à une exploitation dégradée, voire à l’abandon de l’ouvrage : l’eau comprenait beaucoup de déchets minéraux et végétaux.

Les concrétions externes présentent des aspects différents :
Les amas correspondent aux prélèvements des agriculteurs sur l’aqueduc par les piqures qu’ils avaient effectuées dans les parois de la conduite. Compte tenu de la surveillance de l’aqueduc pendant son exploitation normale, on peut être assuré que les piqures ont été tardives et datent, au plus tôt, de la période d’exploitation dégradée.

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Piqure. Arches de Valive

Les draperies recouvrant l’aqueduc révèlent les nombreuses fuites dues à la mauvaise étanchéité du radier. Certaines fuites sont apparues dès la mise en eau de l’aqueduc.

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Concrétion en draperie

Les stalagmites liés ou libres, découverts sous les arcades du Pont de la Lône contribuent à confirmer la mauvaise étanchéité du radier.

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Stalagmite

Compte tenu des toutes les pertes sur le trajet de l’aqueduc, on peut penser qu’au début de l’exploitation environ 20.000 mètres cube d’eau par 24 heures arrivaient au Castellum, sur les 35.000 mètres cube captables à la source d’Eure (débit moyen de la source). Après un siècle et demi d’exploitation, le débit était peut être tombé à 10.000 mètres cube, sous l’effet du colmatage partiel de la conduite par les concrétions.


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