Pont du Gard et Patrimoine

Un aqueduc, pour qui et pour quoi ?

jeudi 11 décembre 2008 par Jean-Yves Gréhal

Complexe et magnifique ouvrage, l’aqueduc de Nîmes a répondu à un besoin pressant identifié au premier siècle par les responsables de la cité. Nous pensons que ce besoin était la résultante des effets de la croissance démographique de la cité et de l’affirmation de sa "romanité"

Arches



Il est étonnant qu’un ouvrage aussi important que l’aqueduc de Nîmes ne puisse ni être daté exactement ni rattaché à une initiative, ni attribué à un ingénieur. Étonnant et frustrant, car on aimerait célébrer le visionnaire qui a voulu l’ouvrage et le génie qui l’a conçu.

Si l’aqueduc existe, c’est qu’un approvisionnement abondant en eau de qualité était indispensable à une grande ville gallo-romaine comme Nîmes.

La Colonia Augusta Nemausensis n’a pas été créée ex nihilo après la conquête romaine, en 120 avant Jésus Christ. La ville s’est développée sur la cité des occupants précédents, les Volques Arécomiques , installés au pied et sur les flancs du mont Cavalier, autour de la source Nemausa .

Nîmes devait à sa position stratégique, entre Cévennes et mer, sur la route du sel, entre l’Italie et l’Espagne (conquise à l’occasion des guerres puniques contre les Carthaginois, au troisième siècle avant Jésus-Christ), sur la via Domitia, une bonne part de la faveur que lui porta Rome, notamment Auguste et sa famille.

Qui étaient les Nîmois du milieu du premier siècle ?

C’étaient les habitants d’une grande ville dont le rempart mesurait six kilomètres, incluant à la fois colline et piémont et dont l’autorité s’étendait sur un vaste territoire, entre Cévennes, Rhône et mer, plus étendu que l’actuel département du Gard. La cité devait compter 20.000 habitants, si l’on se réfère à la capacité des arènes. Les Volques Arécomiques en formaient la partie la plus importante. Les Latins, à plus forte raison les Romains, ne pouvaient constituer qu’une minorité que l’on devine favorisée par le pouvoir et la richesse.

L’accroissement de la population après la conquête romaine et le changement des modes de vie durent faire apparaître rapidement l’insuffisance de la source Nemausa et la difficulté de son utilisation. Voilà qui justifiait la construction d’un aqueduc, comme il en existait à Rome, pour satisfaire le besoin d’eau inhérent au mode de mode de vie inspiré de celui des Romains.

Les dates de la conception et de la réalisation se situent vers les années 40 à 80 de notre ère. L’aqueduc aurait servi normalement durant quelques 150 ans puis, plutôt mal que bien, un siècle de plus.
Nous ne savons rien de l’initiative ni du financement. Il est probable, que de tels travaux aient relevé de ce qu’on appelait l’évergétisme c’est-à-dire les bonnes oeuvres.
Castellum
L’aqueduc arrivait au Castellum à l’intérieur des remparts de Nîmes, une dizaine de mètres plus haut que les bas quartiers de l’enceinte augustéenne. De là, elle était répartie dans cinq directions. La quantité d’eau parvenant à Nîmes devait être à l’origine de l’ordre de 20.000 mètres cubes par jour compte tenu du débit moyen de la source d’Eure et des pertes provoquées par les fuites. Ensuite, la réduction de la section de la conduite imputable au développement des concrétions a nécessairement diminué le débit de l’ouvrage.

Qui consommait cette eau et à quel usage ?

La masse de la population bénéficiait de services collectifs, fontaines publiques, nettoiement des rues à l’eau courante, etc. Il y avait aussi les thermes. C’était une institution typique de la civilisation romaine, qui relevait autant de la vie sociale que de l’hygiène. A Rome, on s’y rendait quand on avait un moment de liberté, pour bavarder ou lire ; on y donnait rendez-vous. Pourquoi pas à Nîmes ? De fait, Nîmes comptait plus d’une dizaine de thermes dont certains vestiges ont été mis au jour récemment, sous la Coupole ou le lycée Daudet par exemple. En outre, une partie des eaux était distribuée à des particuliers. Cette distribution ne concernait bien sûr que les maisons les plus riches. Certaines ont peut être possédé des thermes privés.

Nos connaissances sur l’aqueduc ont progressé. Qui se demanderait à présent, avec Jean-Jacques Rousseau, comment les Romains ont pu réaliser semblable ouvrage dans un pareil désert ? Indiscutablement, l’empreinte romaine est forte. Mais elle s’est exercée dans un pays peuplé, urbanisé, civilisé et déjà entré dans l’histoire. Elle s’est accompagnée d’une sorte d’internationalisation des moeurs plus que d’une romanisation. Elle a accéléré son évolution, l’entraînant à jouer un rôle important dans l’Empire.


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