Pont du Gard et Patrimoine

Visite de l’aqueduc, dans les bois de Remoulins

Avec PdGP, une promenade d’une journée le long de l’aqueduc du Pont du Gard
dimanche 31 décembre 2017 par Jean-François Dufaud, Jean-Yves Gréhal

Vous pouvez voir cette balade en vidéo sur Youtube en copiant ce lien dans votre navigateur http://youtu.be/9Pyl3JtM30M

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L’aqueduc dans les bois de Remoulins
Plan de l’aqueduc de Nîmes dans les bois de Remoulins

Au-delà du pont du Gard, l’aqueduc butte sur une colline boisée au relief tourmenté qu’il lui faut contourner par l’est. Bien que de faible altitude, ce massif calcaire présente un relief tourmenté, avec des pentes abruptes et des vallons étroits et secs qui peuvent brutalement charrier d’importantes quantités d’eau. C’est le domaine de la garrigue et des chênes verts. La végétation, odorante, est touffue. Premier conseil, impératif : ne surtout pas s’y aventurer par grande sécheresse et vent fort.

Pour construire l’aqueduc dans ce passage accidenté, l’ingénieur du projet, dont nul document ne cite le nom, a dû choisir entre deux stratégies opposées :
- Suivre les vallons jusqu’au fond, ce qui allongeait le parcours et réduisait la pente de l’ouvrage.
- Construire de grands ponts, ce qui augmentait le coût de la réalisation. Chaque vallon reflète cet arbitrage entre ces choix opposés et témoigne de la qualité des études d’ingénierie dont les Romains étaient capables.
La promenade permet de passer d’un vallon à l’autre en découvrant plusieurs ouvrages de l’aqueduc. On ne suit cependant pas l’aqueduc sur la totalité de son trajet. La végétation ne le permet pas et l’ouvrage n’est visible que sur une partie du parcours. Le sentier, bien entretenu, est accessible à tous dans le site du pont du Gard. Il est beaucoup moins bien tracé en dehors, passant d’un vallon à l’autre au prix de bonnes grimpettes et de descentes parfois scabreuses. Deuxième conseil très pressant : être bien chaussé et se munir d’eau. La promenade est physique et s’adresse à des marcheurs en bonne forme.
On part du haut du pont du Gard, rive droite. Il faut prendre le temps d’observer les concrétions dans la conduite de l’aqueduc, particulièrement en évidence dans le coude prononcé qu’il forme vers la gauche. Elles racontent la vie de l’aqueduc.

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Concrétions à la sortie du pont du Gard
Jean-François Dufaud explique la signification des concrétions
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Détail des concrétions
Zoom sur les concrétions : il s’agit là de concrétions laminaires, correspondant aux périodes de fonctionnement optimal de l’aqueduc. Contrairement aux cernes des arbres, on ne peut pas les compter pour dater l’ouvrage car quand l’eau ne coulait pas, il n’y avait aucun dépôt !

On se trouve face à un tunnel. Construit par les Romains ? Non, il date du 19ème siècle quand quelques entrepreneurs imaginèrent de réhabiliter une partie de l’aqueduc pour conduire à Nîmes des eaux prises dans le Rhône, au Pouzin, en Ardèche. Cette tentative fut condamnée à l’échec par l’installation d’une station de pompage des eaux du Rhône à Comps suite à l’utilisation de la force motrice.
Le canal antique filait à gauche, au flanc de l’arête calcaire qu’il contournait. Nous empruntons le tunnel. Sans péage, une aubaine !

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Entrée du tunnel du Pouzin, pont du Gard rive droite

Nous retrouvons le canal à la sortie du tunnel. On remarque d’abord la hauteur de la conduite : 1,8 mètres, soit 60 centimètres de plus que sur la plus grande partie de l’ouvrage : ce rehaussement intervenu environ 10 ans après la mise en service de l’ouvrage, s’explique par la faible pente : pour conduire un débit par définition constant d’un bout à l‘autre de l’ouvrage, il a fallu augmenter la hauteur d’eau là où la pente était faible, c’est-à-dire sur le pont du Gard et dans les bois de Remoulins. Certains ont évoqué l’hypothèse d’une réserve d’eau . Le débat reste ouvert.
On note le soin apporté à la construction, avec le parement en petit appareil de la face visible.

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Pont de Valmale
Vue du pont de Valmale depuis l’aval

Le pont de la combe Valmale comporte une seule arche de 10 pieds romains (2,97 mètres). Il nous montre, comme en coupe, la technique de construction de l’ouvrage, avec les maçonneries en pierre de tout venant liées au ciment et soigneusement parées de moellons en petit appareil. L’importance des concrétions, réduisant la largeur utile de la conduite à quelques dizaines de centimètres, au lieu d’un mètre vingt, est encore plus frappante dans la courbe que fait la conduite après le pont.
Nous sommes encore dans le site du pont du Gard. La promenade est bien entretenue. En cheminant vers la Combe Roussière, on ne doit pas négliger, en s’écartant de quelques pas du sentier, de contempler le beau point de vue sur le pont du Gard, Castillon du Gard et la carrière de l’Estel d’où ont été extraits les matériaux du pont.

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Pont de la Combe Roussière
Combe Roussière et vestiges du pont vus depuis l’amont

Le pont de la Combe Roussière avait deux étages et mesurait 100 mètres de long sur 25 mètres de hauteur. Il était plus haut que les arènes de Nîmes et comportait deux niveaux d’arches. Il a disparu : trop proche de la route, ses pierres ont été récupérées à partir du haut Moyen Age par les riverains et les moines bâtisseurs. Il ne reste du monument que les culées amont et aval construites en petit appareil.

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Restitution pont de la Combe Roussière
Essai de restitution du pont de la Combe Roussière avant son démantèlement (100 mètres de longueur, 25 mètres de hauteur)

Sur le fond de la culée aval, les archéologues du C.N.R.S ont mis en évidence une couche de mortier de tuileau sur les concrétions terrigènes recouvrant le radier. Cette couche n’est pas recouverte de concrétions. L’aqueduc fit donc l’objet d’une réparation sommaire vers la fin de sa période d’utilisation mais ne fut plus guère utilisé ensuite.
En cheminant le long de l’aqueduc on peut observer divers détails qui éclairent sur sa conception et son fonctionnement. Cette brèche dans la paroi extérieure de la conduite était une vanne permettant d’en régler le niveau ou un simple trop plein pour éviter que l’aqueduc ne déborde. L’eau excédentaire s’écoulait librement vers l’aval. Elle a formé un amas de concrétion.

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Vanne ou trop plein
Cette ouverture dans le piédroit de la conduite pouvait être une vanne destinée à en régler le niveau ou un simple trop plein.

Le pont de la Sartanette est constitué d’une seule arche de quatre mètres d’ouverture. L’ouvrage mesure trente mètres de long et un peu plus de huit mètres de haut.
Les parois latérales du pont ont été surélevées et doublées. C’est le cas pour tous les ouvrages des "Bois de Remoulins" à l’exception du pont de Valmale. L’arche primitive était renforcée par une arche de dimensions inférieures.

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Pont de la Sartanette
On remarque l’importance du doublage du pont, intervenu postérieurement à sa première mise en service.

Le ponceau est un ouvrage original. Il permettait le passage des eaux de ruissellement sous la conduite. Situé au fond d’un petit vallon, il se compose de trois ouvertures de faibles dimensions couronnées de grandes dalles plates. Ses dimensions sont réduites : 2,5 mètres de hauteur en son milieu, 25 mètres de longueur environ.

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Ponceau Etat actuel vue coté aval
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Ponceau. Vue côté amont, juste après son dégagement
Cette vue du côté amont a été prise juste après la découverte de l’ouvrage. On voit les trois passages ménagés par l’eau et l’aqueduc reposant sur de fortes dalles. La conduite était également couverte de dalles, comme sur le pont du Gard.

Une rude grimpette donne accès à la crête séparant la combe de la Sartanette de la combe Joseph. L’effort est récompensé par une série de très belles vues sur les bois et la plaine, Vers Pont du Gard et Castillon du Gard et Remoulins.

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Bois de remoulins
Panorama sur les bois et la plaine

Le pont de la combe Joseph possède une seule arche légèrement plus large que celle du pont de la Sartanette (4,1 m contre 4 m).

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Pont de la Combe Joseph

En observant les concrétions sur le pont on remarque qu’elles sont désolidarisées du revêtement d’étanchéité initial qui a peut-être été arraché avec les pierres du piédroit. Il ne reste de la conduite que la face lisse des concrétions, qui était au contact du revêtement d’étanchéité. En revanche, il subsiste une partie du revêtement d’étanchéité de la partie réhaussée.

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Pont de la Combe Joseph
Après épierrement, les concrétions sont à nues sur la conduite initiale. Le revêtement d’étanchéité est restées partiellement collé aux concrétions sur la surélévation

Aucune montée n’est plus raide que celle qui permet de basculer vers la combe Pradier. Facteur aggravant : la fatigue commence à se faire sentir. On est toutefois récompensé de ses efforts par une série de belles vues dégagées.
En descendant vers la combe Pradier, on peut se reposer un moment près de la grotte Ferraud ou, pourquoi pas, jeter un coup d’œil dans le boyau agrémenté de stalactites et de stalagmites qui pénètre assez profondément sous terre.
Le pont de la combe Pradier a subi de multiples transformations. Outre les renforts extérieurs, on remarque que l’ouverture de l’arche a été réduite une première fois par la construction d’une arche à l’intérieur de la première. Plus tard, une barbacane a été réalisée en blocs de grand appareil. Bien entendu, la forte réduction de l’ouverture du pont a conduit à son bouchage accidentel. Le pont s’est alors comporté comme un barrage en cas de fortes intempéries.

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Pont de la Combe Pradier
Vue du pont de la Combe Pradier, côté amont
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Pont de la Combe Pradier, cöté aval
On remarque les renforts successifs de l’ouvrage, aboutissant à la réduction du passage et au risque de bouchage.

Il reste encore plusieurs vallons à visiter, mais la fatigue gagne le promeneur. Le moment est donc venu de laisser l’antique aqueduc à son parcours accidenté et de redescendre vers le CD 981. Ainsi s’achève une grande journée de découverte, avec de beaux paysages et, on s’en rend compte dès qu’un véhicule passe, une absence de bruits de moteurs vraiment dépaysante dont on a profité pendant toute la balade.
Le carnet de route de Jean-François Dufaud est en ligne. Précieux, indispensable, mais rien ne vaut une visite guidée. Ne ratez pas la prochaine !


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